Frédéric Nef est un philosophe français qui porte ses réflexions sur le domaine de la logique et celui de la métaphysique. Dans cet article, je vais vous parler de son ouvrage : La force du vide, que vous pouvez acheter en cliquant ici.

Problèmes et thèse de la force du vide

Il définit et différencie dans ce livre, les notions de vide et de vacuité. Il défend par cette occasion ce qu’il nomme « La voie du milieu », qui consiste à se tenir entre un « tout existe » et un « rien n’existe ». Une des questions qu’il va se poser est la suivante : Comment faire tenir ensemble les propriétés particulières qui sont dans les choses ? Par exemple, comment les propriétés particulières d’une casquette, – à savoir sa texture, sa couleur, sa forme etc. font-elles pour tenir ensemble et nous donner l’objet : Casquette ? La réponse de Nef est décisive : Les propriétés particulières tiennent dans une certaine unité grâce à une ontologie de la vacuité. Ce serait en ce sens, la vacuité qui ferait office de lien entre les Tropes.

C’est pourquoi Nef dit : « Tout ce qui existe est composé de qualités abstraites et c’est la vacuité, entendue comme dépendance sans point d’arrêt, qui est le lien entre qualités ou tropes. »

Analyse critique de la force du vide

Cet ouvrage se compose de la manière suivante :

Première partie :

  • Distinction entre le vide, le néant et le rien.
  • Tentative de définition du Vacuum – Source du vide dans le zéro et le vide physique.
  • Démonstration de l’importance du rôle du vide physique dans la cosmologie contemporaine.

Deuxième partie :

  • Passage du concept de vide au concept de vacuité.
  • Réflexion sur son ontologie et la logique des concepts.
  • Critique de l’approche nihiliste du vide.
  • Elaboration d’une physionomie du vide et de la vacuité.
  • Difficultés logiques qu’engendre la vacuité – Le tétralemme pyrrhonien et le catuskoti bouddhiste.
  • La logique du vide.
  • Questionnement sur l’ontologie du vide et de la vacuité.

C’est en conséquence, un Atlas du vide que construit avec rigueur et précision Nef dans cet ouvrage !

Certains pensent que le vide n’existe pas car « la nature a horreur du vide », -théorie qui pousse des théologiens à affirmer qu’il faut s’anéantir entièrement afin que Dieu vienne remplir le manque qu’il y aurait en nous. D’autres pensent qu’il y a un vide local et relatif, – en admettant par exemple que l’atome aurait la capacité de se mouvoir dans le vide. D’autres encore pensent que tout est vide.

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Le vide : C’est l’absence de quelque chose.

Exemple : Le pot est vide.

S’il est vide, il est admit qu’il puisse se remplir, c’est donc un vide relatif. Ainsi il y a négation présuppositionnelle du fait qu’il y ait quelque chose dans le pot, mais présupposition de l’existence du pot.

La vacuité : C’est l’absence radicale de toutes choses.

Ainsi il y a négation absolue dans le sens ou il y a négation du pot, du vide dans le pot, et du monde qui contient le pot et le vide du pot lui-même.

En quoi le vide diffère-t-il du néant et du rien ?

  • Le vide diffère du néant en ce que le vide est quantifiable et le néant ne l’est pas.
  • Le vide diffère du rien en ce que le rien peut être quelque chose possédant une pauvreté ontologique, ce que le vide n’est pas.

En quoi le néant et le rien diffère-t-il ?

  • Le néant est une négation d’être sauf dans le cas d’une création ex nihilo. Il n’est pas quantifiable.
  • Le rien s’oppose au quelque chose, il est quantifiable, comme lorsque Gainsbourg dit « Si c’était trois fois rien, trois fois rien entre nous, évidemment, ça ne fait pas beaucoup ».

Le vide dans le domaine mathématique

En mathématique le zéro signifie le vide ! S’il y a zéro plante dans mon pot, c’est qu’il n’y en a pas !

Le vide dans le domaine physique

  • En physique classique le vide n’est pas qu’absence de plein, il est aussi la négation d’une réalité substantielle.
  • En physique quantique le vide n’est pas qu’une négation, il forme une pluralité de possibilités. En ce sens il devient positif, et il peut cohabiter avec les choses sans y être identifié !

Selon Nef, si le vide matériel est possible, le vide quantique est impossible car prenant les réflexions de Casimir, il en conclut que le vide quantique est énergie, et que s’il peut ne pas y avoir de matières, il ne peut pas ne pas y avoir d’énergie ! Comprenez donc que cela signifie, non pas qu’il est impossible qu’il y ait un vide quantique, mais bien au contraire, qu’il est impossible qu’il n’y ait pas un vide quantique. Il choisit par-là de placer le vide comme ne touchant pas à l’essence des choses, mais plutôt comme un révélateur de la non-essence de toute chose.

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Inipséité et céciité

  • Inipséité : Absence radicale de sujet.
  • Céciité : Il y a une non-identité intrinsèque des choses.

Problèmes logiques

L’ontologie du vide que propose Nef pose des problèmes logiques qu’il tente de résoudre. De ce fait il tente de résoudre ces problèmes par le biais du Tétralemme ou Catuskoti.

Lorsque la vacuité est soumise au catuskoti de Nagarjuna cela donne la chose suivante : « La vacuité existe. La vacuité n’existe pas. La vacuité existe et n’existe pas. La vacuité ni n’existe, ni n’existe pas. » ce qui selon Nef démontrerait que la vacuité ne transgresse en rien le principe de non-contradiction (à savoir que si une chose est, elle ne peut pas ne pas être en même temps. Si A existe, alors non-A n’existera pas en même temps que A et inversement.). Ici, essence et néant sont niés, de ce fait Nef considère que la vacuité n’est pas une substance et qu’ainsi les choses n’ont pas de substances, ce qui les rends toutes dépendantes !

Hypothèse de Nef

« La réalité n’est pas fondée, elle est sans essence » – ainsi la vacuité pour Nef prend toute sa réalité dans une ontologie tropiste, c’est-à-dire, une ontologie qui repose sur la non-fondation et la dépendance. Là ou son ontologie est très forte, c’est qu’elle n’admet pas d’universel. Par exemple, le vert de telle plante n’est pas le même que le vert de telle autre plante, et n’est pas non plus le même vert que celui sur mon pot ou celui de mes chaussettes etc. Il n’y a ainsi pas un vert universel si on suit ce que dit Nef, mais une multitude de vert particuliers.

Mise en lumière des limites de l’ouvrage et conclusion

La thèse de l’auteur n’arrivant qu’a la fin de l’ouvrage, je reste un peu sur ma faim. Elle manque d’explicitation, par exemple sur la nature de la relation entre les choses particulières. J’aurais aimé qu’il pousse sa thèse vers des sujets tels que l’identité et la subjectivité humaine, comment envisage-t-il la liaison corps/esprit ? Nef ouvre sa réflexion à la pensée orientale ce qui est très plaisant et pertinent pour sortir de nos schémas de culture européenne. Je le trouve aussi pertinent dans le fait qu’il tente une approche métaphysique compatible avec la logique, les mathématiques et les sciences. Par contre, je ne le soutiens pas dans la justification de sa démarche car la science ne rendra jamais inutile la philosophie, bien au contraire, plus il y a de sciences, plus il y a besoin de philosopher ! De plus, je pense qu’il est nécessaire de distinguer métaphysique et ontologie, et que Nef ne fait pas réellement de la métaphysique, mais plutôt de l’ontologie. En s’appuyant sur les sciences il ne fait plus une réflexion « à priori » ou « au-delà de » propre à la métaphysique mais il élabore une réflexion ontologique basée sur l’expérience, sur la science physique et non sur la science méta-physique. Ainsi sa réflexion sur le vide est une réflexion de « l’après » quelque chose et non de « l’avant ». Pour finir, si Nef dit qu’il réalise une ontologie sans colle et sans ciment (clin d’œil au livre : Le ciment des choses de Claudine Tiercelin que vous pouvez acquérir en cliquant ici), pourtant ne fait-il pas preuve d’universalisme en désignant la vacuité radicale comme énergie commune à toute chose ?

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