L’épanouissement de l’Homme et la politique de l’avenir avec Nietzsche, Marx et Engels 4/4

politique-de-l-avenir-epanouissement

Ceci est la partie 4 de notre suite d’articles sur l’épanouissement de l’Homme et la politique de l’avenir avec Nietzsche, Marx et Engels ! Elle  traite de la politique de l’avenir. Si vous n’avez pas lu la partie 1 introductive, vous pouvez le faire en cliquant ici ! Pour la partie 2 cliquez ici ! Enfin, pour la partie 3 cliquez ici !

La politique de l’avenir :

politique-de-l-avenir-epanouissement-anonymous

Quant à la politique de l’avenir : Pour Marx et Engels, c’est par la suppression des classes et de la division du travail[1] que l’Homme pourra enfin s’identifier à son espèce dans son universalité[2]. Cela passe par la figure du prolétaire, qui permettra une société nouvelle du fait que ses bases seront nouvelles[3]. Ajoutons à cela :

 « Que prouve l’histoire des idées sinon que la production intellectuelle se métamorphose avec la production matérielle ? Les idées dominantes d’une époque n’ont toujours été que les idées de la classe dominante. On parle d’idées qui révolutionnent une société tout entière ; par là on exprime seulement le fait que dans le sein de l’ancienne société se sont formés les éléments d’une société nouvelle et que la dissolution des idées anciennes va de pair avec la dissolution des anciennes conditions de vie. »[4].

Et pour Marx et Engels seuls les prolétaires peuvent renverser définitivement cette histoire d’oppresseur/opprimé car :

« Seuls les prolétaires de l’époque actuelle, totalement exclus de toute manifestation de soi, sont en mesure de parvenir à une manifestation de soi totale, et non plus bornée, qui consiste dans l’appropriation d’une totalité de facultés que cela implique. »[5].

Ce qui signifie que le prolétaire doit « s’ériger en classe nationale »[6], c’est-à-dire qu’il doit devenir la classe dominante afin de faire valoir les idées de sa classe, or sa classe n’ayant pas de patrie ; d’ailleurs, n’ayant plus rien pour lui, ni propriétés, ni patrie, ni droits[7], puisque la bourgeoisie est devenue :

 « Incapable d’assurer l’existence de son esclave même au sein de son esclavage, car elle est contrainte de le laisser déchoir à un point où elle doit le nourrir au lieu qu’il la nourrisse tout ceci n’étant que le privilège des bourgeois. […] La bourgeoisie produit avant tout ses propres fossoyeurs. »[8].

C’est donc par nécessité que le prolétariat doit dominer, car n’étant plus rien il peut tout devenir, et les aspirations de sa classe n’étant que le désir d’équité entre les Hommes, sa dictature prendra fin ainsi que sa puissance politique, en même temps qu’il aura aboli toutes les oppositions et toutes les divisions entre les individus, ne laissant plus place qu’au « genre humain ». La politique de l’avenir de Marx et Engels, n’est qu’une transition, le communisme, est une aide pour le prolétariat afin qu’il parvienne au pouvoir et qu’il renverse tout dans une violente révolution. Ceci fait, la politique ne semble plus avoir lieu d’être pour Marx puisque :

« Une fois que les différences de classes auront disparu au cours du développement et que toute la production sera concentré entre les mains de individus associés, les pouvoirs publics perdront leur caractère politique. Le pouvoir politique au sens propre est le pouvoir organisé d’une classe pour l’oppression d’une autre. Lorsque dans la lutte contre la bourgeoisie le prolétariat s’unit nécessairement en une classe, qu’il s’érige en classe dirigeante, il abolit par la violence les anciens rapports de production, il abolit du même coup les conditions d’existence de l’opposition de classes, des classes en général et par suite sa propre domination de classe. A la vieille société bourgeoise avec ses classes se substitue une association dans laquelle le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous. »[9].

Ce qui signifie qu’après la victoire du prolétariat, la politique de l’avenir consiste à ne plus être politique. Nous avons dit et montré en quoi Marx et Engels voient la nécessité d’ériger une nouvelle base et de nouvelles valeurs via le prolétariat pour la société. Or, c’est aussi l’intérêt de Nietzsche. Une fois de plus, ils ne sont pas si éloignés qu’il n’y parait. En effet, l’un des plus grands projets de Nietzsche n’est autre que la transvaluation des valeurs. Or, la transvaluation des valeurs, ce n’est pas autre chose que la volonté de « transformer » la société en une forme nouvelle. Changer les valeurs de la société, c’est d’ailleurs selon Nietzsche la réelle tâche du philosophe ; légiférer[10] sur les valeurs afin de faire primer celles qui sont en faveur de la vie. Or si comme cela semble l’être, le communisme aidant, la révolution du prolétariat va en faveur de la vie, alors Nietzsche ne saurait en critiquer le choix[11]. C’est donc sous la pratique et non dans un prisme idéaliste théorique et abstrait que ces auteurs voient le monde. Et si chez Marx et Engels la pratique passe par une révolution violente[12] ; chez Nietzsche c’est par une lente insémination que les nouvelles valeurs doivent se faire chairs. Si pour Marx et Engels ce n’est pas en réglant les problèmes moraux mais ceux du travail que nous pourrons régler les problèmes de la société, pour Nietzsche c’est bien par la transvaluation des valeurs que nous pourrons le faire, et cela passe bien par l’anéantissement des anciennes valeurs morales. Là où Nietzsche diffère de Marx et Engels, c’est que Marx et Engels considèrent qu’une fois la révolution et le passage à la nouvelle société faite, la domination de la classe prolétaire s’abolira d’elle-même, et il n’y aura ainsi plus de domination. Or pour Nietzsche il y a et il y aura toujours domination et primat d’une pulsion sur une autre, et s’en est de même en politique, il y aura toujours quelqu’un avec une pulsion plus forte qui dominera les pulsions plus faibles. Restons attentifs à propos de Nietzsche dont la lecture est plus difficile et à nuancer, lorsqu’il parle de fort et de faible, il ne désigne pas toujours le même sujet, et se joue de métaphore et de déplacement. Nous spéculons ici qu’une vision possible de la politique chez Nietzsche peut être faite par une analogie de la vie hiérarchique du corps, en plus complexe, mais le principe est là. En effet, chez Nietzsche, le plus fort ne cherche pas à dominer le plus faible puisqu’il ne le voit même pas, ne le considère pas, en bref : le faible n’entre pas dans son champ de vision. Si nous lisions Marx sous le prisme de Nietzsche, il y aurait bel et bien une forme de domination encore après l’abolition de la classe prolétaire, puisque les valeurs instaurées par cette classe persisteraient, et que ces valeurs ne sont que le résultat du primat, d’une victoire, d’une pulsion sur une autre. La révolution chez Marx ne serait pas autre chose pour Nietzsche. Aussi, si Nietzsche pense qu’il y’a bel et bien besoin de hiérarchisation et de domination au sein de la société nouvelle au contraire de Marx, il se pourrait que les deux ne soit pourtant pas aussi différent que ça sur le point final de l’argumentation. Pour Nietzsche, la politique s’apparente à l’organisation de la vie d’un être vivant, qui est un ensemble de pulsions régit par la domination de certaines sur d’autres. De ce fait, la politique de l’avenir Nietzschéenne devrait s’organiser de la même manière que l’organisation psychophysiologique d’un être vivant. C’est-à-dire que pour qu’une société fonctionne sous le prisme de Nietzsche, il faudrait nécessairement des dominants et des dominés[13]. Et bien qu’à première vue cette idée puisse faire réagir n’importe quel marxiste, l’idée est plus subtile qu’elle ne puisse paraitre. Oui pour Nietzsche il faut des « esclaves », le mot est fort, violent, menaçant, mais n’est-ce pas là encore, une provocation de l’auteur qui nous demande d’être très attentifs[14] ?  Pour Nietzsche, il y’a une instance nécessaire que l’on peut nommer conscience pour le corps ; elle est l’ensemble des passions dominantes. Pour la société, il y aurait donc, par analogie, aussi besoin d’une instance gouvernante et dominante. Jusqu’ici, Marx serait en désaccord. Mais qu’en est-il lorsque Nietzsche dit de cette instance, à savoir, l’ensemble des passions dominantes, peuvent changer au point que celles qui étaient en dessous peuvent monter et celles qui étaient au-dessus descendre, sans besoin de révolte ? N’est-ce pas comme cela que la société va se diriger une fois que la politique en son premier sens est abolie par le prolétariat ? Car la centralisation du pouvoir chez Marx reste dans un besoin hiérarchique de domination interchangeable, comme la conscience chez Nietzsche. Si chez Nietzsche les places peuvent interchanger sans violences, c’est qu’il n’est pas aussi radical que nous pouvions le penser. Ainsi, nous spéculons que si l’organisation dans la physio psychologie de Nietzsche n’est pas « fixe », il en va de même pour la politique d’une société[15].

Les personnes qui ont lu cet article ont aussi lu :  Les 3 métamorphoses de Nietzsche en 3 minutes !

Ainsi, Nietzsche n’est pas si éloigné que ça de Marx et Engels. Ils ont le même but : transformer l’éducation, faire s’épanouir l’Homme et annoncer la politique de l’avenir, c’est-à-dire l’organisation de la vie en société. Bien sûr, s’ils se rapprochent sur certain point comme nous avons voulu le montrer tout au long de notre argumentation, ils sont aussi très éloignés sur d’autres sujets, et même au sein des sujets que nous avons vus selon l’angle d’attaque de départ. Ainsi, nous ne pouvons absolument pas les considérer comme semblable et il demeure de réelles oppositions entre eux. De ce que nous les avons rapprochés, il en résulte que le prolétaire pourrait bien être l’Humain surmonté qu’attend Nietzsche. Et leurs travaux peuvent être complémentaires quant à la politique et l’éducation sur certains points.   

[1] Marx et Engels résument cela par cette proposition issue du Manifeste du Parti Communiste, à la page 92 de notre édition : « […] Les communistes peuvent résumer leur théorie en cette seule expression : abolition de la propriété privée. ».

[2] Voir la définition de l’être générique dans les Manuscrits de 1844.

[3] C’est pourquoi on retrouve notamment dans L’internationale : « Le monde va changer de base, nous ne sommes rien soyons tous ! »

[4] MARX et ENGELS, Manifeste du parti communiste, II, Prolétaires et Communistes, éd. GF Flammarion, Trad. E. Bottigelli, revue par G. Raulet, p.98.

[5] MARX et ENGELS, L’idéologie Allemande, in BALIBAR, La philosophie de Marx, Le prolétariat, classe universelle, éd. La Découverte, Paris, 2010, p. 38.

[6] Idem.

[7] Ibid. Tout ce que nous venons d’expliquer est dit dans la partie II du Manifeste du parti communiste des pages 91 à 102 de notre édition.

Les personnes qui ont lu cet article ont aussi lu :  Tokyo Ghoul et Nietzsche

[8] MARX et ENGELS, Manifeste du parti communiste, I, Bourgeois et Prolétaires, éd. GF Flammarion, Trad. E. Bottigelli, revue par G. Raulet, p.88-89.

[9] MARX et ENGELS, Manifeste du parti communiste, II, Prolétaires et Communistes, éd. GF Flammarion, Trad. E. Bottigelli, revue par G. Raulet, p.101-102.

[10] Ce qu’il développe notamment en parlant du Platon des Lois dans les Fragments posthumes, X, 26, [355] et dans le §496 d’Aurore.

[11] Là, bien entendu, il faut faire la part des choses, nous parlons du « vieux » Nietzsche et non du « jeune », qui lui serait scandalisé par le communisme tout comme il critiqua la Commune de Paris, cela s’explique en partie par le fait qu’il était encore sous le joug de Wagner à l’époque de la Commune de Paris, et qu’il n’avait pas encore fait murir ses idées. Qu’aurait-il dit après avoir lu Marx ? Nous ne faisons que de la spéculation ici en rapport avec son désir de valeurs nouvelles en faveur de la vie. 

[12] Qui ne se fera pas pour autant en un jour.

[13] Nous renvoyons une fois de plus au merveilleux ouvrage : La pensée du sous-sol de P. Wotling pour saisir l’essence de la politique de domination et de hiérarchisation chez Nietzsche

[14] Il y’a une certaine polémique chez les commentateurs de Nietzsche, certains écrits sont-ils à prendre au mot, ou de manière métaphorique par exemple ? On sait en tout cas qu’il procédait à beaucoup de déplacements autant sur les mots que sur les concepts, aussi nous prenons part ici du côté de ceux qui le lise sous le prisme de la métaphore.

Les personnes qui ont lu cet article ont aussi lu :  L'épanouissement de l'Homme et la politique de l'avenir avec Nietzsche, Marx et Engels 2/4

[15] Encore une fois nous rappelons que nous spéculons sur une compréhension de la politique chez Nietzsche au travers de sa pensée sur le corps. Compréhension physio psychologique du corps que nous tirons du livre La pensée du sous-sol de P. Wotling.

Si cet article vous a plu n’hésitez pas à le partager et à le commenter !

Vous aussi vous aimez Nietzsche ? Lisez ma suite d’articles sur l’autonomie de la sexualité entre Nietzsche et Platon !

Vous souhaitez lire plus en détails les ouvrages que je cite ? Voici la liste ! (Ces liens sont des liens affiliés, ils nous permettent d’être rémunéré pour vous fournir du bon contenu et ne vous coute rien)

Marx et Engels – Manifeste du parti communiste

Marx – Manuscrits de 1844

Marx et Engels – L’idéologie Allemande

Nietzsche – Aurore 

Nietzsche – Fragments posthumes X 

Wotling – La pensée du sous-sol

Pour me soutenir via Tipeee cliquez ici 

Pour des cours ou des consultations philosophiques cliquez ici

Si vous souhaitez acheter mon livre : Combattre la fausseté dans les discours, cliquez ici. Il ne coute que 0.94 cents ! J’ai eu à cœur de le mettre le moins cher possible afin qu’il profite à tous. 

Pour me contacter ou vous abonner à ma newsletterremplissez le formulaire suivant :

    Si vous appréciez notre travail, vous pouvez nous soutenir via notre tipeee : https://fr.tipeee.com/le-chalon-philo/ et en partageant nos articles !