Chaque mot, à l’instant de sa création, fut forgé comme une œuvre d’art, capturant l’essence éphémère d’une idéité (Dont le but est l’expression de l’idée) ou d’une expérience avec la précision d’un sculpteur façonnant son marbre. Ralph Waldo Emerson, dans son texte « Le Poète » que vous pouvez retrouver en cliquant ici, nous invite à contempler cette vérité souvent oubliée : à leur naissance, les mots sont l’incarnation pure de l’art, des éclats de génie créatif qui transforment la perception brute en une réalité partagée. Ils sont, si l’on ose dire, les premiers nés de l’ingéniosité poétique, des monuments érigés non pas de pierre ou de bronze, mais de souffle et de son, destinés à immortaliser l’instantanéité de la pensée humaine.

Le mot perd-il son sens ?

Cet art originel, dans sa transition vers la langue commune, se voit dépouillé de son aura, réduit à une simple utilité pragmatique, un outil plutôt qu’une expression de beauté. On pourrait dire que ce processus de banalisation des mots reflète la tendance de notre société à déprécier l’art, à le domestiquer, à l’apprivoiser jusqu’à ce qu’il perde son âme, son caractère sacré. Les mots deviennent des coquilles vides, des fossiles de leur ancienne gloire poétique, rappelant les coquilles d’animalcules (des animaux microscopiques) évoquées par Emerson dans son texte, vestiges d’une vie autrefois animée d’une étincelle divine.

Pour autant, il subsiste une lueur d’espoir, une invitation à redécouvrir et à réhabiliter la nature artistique des mots. Chaque mot, en dépit de son usage quotidien, détient en son cœur un fragment de cette étincelle créative originelle, un potentiel de beauté et de profondeur qui n’attend que d’être redécouvert par le poète, l’étymologiste, ou tout esprit curieux prêt à en déchiffrer les mystères. Ainsi, défendre la thèse selon laquelle les mots n’ont été de l’art qu’à l’époque de leur création, c’est non seulement reconnaître leur naissance comme un acte de création pure mais aussi rappeler notre responsabilité de gardiens de ce trésor linguistique, ce qui nous invite à une constante redécouverte de la poésie cachée dans la banalité de notre communication. Dans les prochaines parties je vais vous donner deux exemples issu de l’alphabet hébraïque.

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L’art de la lettre Aleph

Tout d’abord, l’Aleph, première lettre de l’alphabet hébreu, est perçue comme le point d’origine, la source d’où émane toute création. Elle symbolise l’unité, le commencement, et dans certaines traditions, elle incarne l’essence de la divinité elle-même. Cette lettre, dans sa simplicité, détient le paradoxe d’être à la fois le tout et le néant, un portail entre le fini et l’infini.

Dans la Kabbale, l’Aleph représente la volonté divine, l’impulsion initiale de la Création. Elle est ce qui relie le créateur à sa création. Ainsi, l’Aleph devient un symbole de la médiation entre le divin et le mondain, un pont entre les mondes.

L’Aleph est aussi vu comme un symbole d’équilibre et d’harmonie, représentant l’équilibre parfait entre les forces opposées. En cela, elle incarne l’idée que l’unité n’est pas l’homogénéité, mais plutôt l’équilibre dynamique des contraires. C’est une leçon pour nous, qui nous rappelle que dans notre quête d’autonomie de pensée et d’authenticité, nous devons embrasser nos contradictions internes et les tensions qui façonnent notre être.

Jorge Luis Borges, dans son récit  « L’Aleph« , nous offre une interprétation littéraire fascinante de ce symbole. Pour lui, l’Aleph est un point dans l’espace contenant tous les autres points, où coexistent sans confusion toutes les perspectives de l’univers. Cette vision littéraire et esthétique peut être vue comme une métaphore de la connaissance ultime, un rappel que la compréhension totale de l’univers est un idéal vers lequel nous tendons, mais qui reste toujours hors de portée, mettant au défi notre désir d’emprise totale sur le réel.

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L’art de la lettre Beth

Si l’Aleph peut être considéré comme le souffle initial, la force créatrice non manifestée, Beth introduit la notion de dualité, de manifestation, et sert de pont vers la matérialisation de l’univers. Beth symbolise souvent la maison, le contenant, l’abri. Cette simple lettre évoque l’idée de structure, de limites définies, offrant protection et délimitant un espace sacré. C’est la concrétisation de l’espace, la première étape vers la manifestation. Dans la Kabbale, Beth est associé au début de la création, le point à partir duquel l’existence se déploie. C’est l’unité qui s’extériorise en créant. C’est là ou l’on peut voir son importance puisque la bible commence par cette Bereschit qui signifie Genèse et qu’on peut traduire par « au commencement de ».

Cette lettre nous invite à réfléchir sur la nature de notre propre « maison » – non seulement au sens physique du terme, mais aussi dans un sens plus large, englobant les structures mentales, et spirituelles qui nous définissent. Beth nous rappelle que, tout comme une maison doit être entretenue pour rester solide et protectrice, nos structures intérieures nécessitent attention et soin pour rester saines et fonctionnelles.

Beth, dans sa simplicité, nous enseigne la valeur de la manifestation, de l’incarnation. Elle dévoile l’importance de l’action dans le monde matériel, rappelant que l’abstraction et la pensée, bien qu’importantes, doivent finalement aboutir à des formes concrètes et à des réalisations palpables. C’est dans l’interaction entre l’Aleph et le Beth que réside le secret de la création : l’impulsion divine se mêlant à la structure, le souffle de vie insufflé dans la matière.

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Voyez-vous ce que l’on peut faire ressortir avec seulement deux lettres ? Alors imaginez avec tous les mots que nous avons et forgeons ! Voici un petit exercice que vous pourriez faire : Prenez un mot au hasard, et inventez lui une histoire !

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