Prenons l’exemple du mythe d’Icare, ses ailes de cire lui ont permis de s’échapper de là où il était retenu en s’envolant. Alors même qu’il goûtait enfin à la liberté, son ambition démesurée d’aller jusqu’au soleil l’a conduit à sa perte. En effet, ses ailes étant faites de cires, ont fondu à l’approche du soleil et il a fini par sombrer dans la mer. Cette histoire met bien en évidence une facette essentielle de la liberté : celle-ci est à double tranchant. Elle peut être une véritable joie, tout comme elle peut devenir un véritable fardeau.

Or, cette dualité se reflète plutôt bien dans Air Gear, un manga qui, dont l’univers tourne autour de patins à roulettes motorisés appelés Air Treks. La quête de liberté dans Air Gear, symbolisée par la maîtrise des Air Treks, soulève une question centrale : dans quelle mesure cette quête premièrement individuelle de liberté, marquée par une forme de dépassement des limites physiques (puisqu’il est possible d’aller plus vite, de jouer avec l’environnement et d’aller plus haut que ce que nous ne pourrions sans ces gadgets) mais aussi sociales (puisqu’avec les Air Treks, les personnages s’affranchissent aussi des limites traditionnelles d’un monde devenu morne, un monde où l’individu n’est même plus capable d’enjamber une barrière, il ne sait même plus courir, il marche et perd son temps en croyant en gagner.), mène-t-elle à une véritable émancipation sans engendrer de nouvelles formes de contrainte ou de déséquilibre ? Cette interrogation nous invite à explorer la nature de la liberté, oscillant entre émancipation et responsabilité, entre aspiration individuelle et conséquences collectives. Nous verrons d’abord ensemble comment la liberté est envisagée comme une aspiration fondamentale et constitutive de l’être humain, puis nous aborderons les limites et les conséquences potentielles de cette aspiration, avant de conclure sur la nécessité d’un équilibre entre liberté individuelle et responsabilité collective. Analysons sans plus tarder le message que l’auteur d’Air Gear nous transmet sur la nature de la liberté dans un monde empreint de technologies.

Air Gear – La liberté en tant qu’essence de l’homme

La liberté, est souvent définit comme une quête inaliénable qui définit notre existence même. Cette idée se retrouve dans Air Gear, où les Air Treks symbolisent non seulement un moyen de locomotion, mais également un instrument de libération.

Jean-Paul Sartre, prône l’idée que l’homme est condamné à être libre. Cette liberté est un fardeau autant qu’une bénédiction, car elle place la responsabilité des choix entièrement sur les épaules de l’individu. Il doit « inventer sa propre morale », car la morale n’existe pas par essence. Dans Air Gear, cette idée est incarnée, me semble-t-il, par Itsuki Minami, qui utilise les Air Treks pour transcender les limites physiques de son environnement urbain. Son désir de voler au-dessus des toits peut être vue comme une métaphore du désir humain de transcender les limites imposées tant par la société que par la nature. Comme Sartre l’a si bien dit, Itsuki est libre de choisir, mais cette liberté vient avec le poids des conséquences de ses choix, auxquels il devra faire face tout au long de l’histoire.

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Friedrich Nietzsche, quant à lui, voit la liberté comme un moyen d’atteindre l’authenticité, un processus de devenir qui nécessite de surmonter les conventions sociales. Pour Nietzsche, l’individu doit créer sa propre moralité pour s’épanouir. Dans Air Gear, cette idée est illustrée par le parcours d’Itsuki à la recherche de sa propre identité à travers des défis et des compétitions entre plusieurs équipes. Sa lutte pour devenir un rider reconnu et respecté devient un voyage vers l’auto-création, où il doit constamment remettre en question les règles et les limites du monde qui l’entoure mais aussi les siennes afin de se redéfinir. C’est ce que dit Nietzsche dans Le voyageur et son ombre, lorsqu’il parle d’apprendre à danser dans les chaînes. La liberté devient d’autant plus grande que le créateur se donne à lui-même des contraintes, car pour Nietzsche, il ne peut y avoir de liberté sans discipline !

Enfin, dans Le mythe de Sisyphe, Albert Camus, offre une vision de la liberté en tant que révolte contre l’absurdité de la condition humaine. Pour Camus, l’absurdité naît de la confrontation entre la quête de sens de l’homme et l’indifférence du monde face au sens. Dans Air Gear, cette tension est palpable car les personnages cherchent sans cesse à devenir les meilleurs dans la maîtrise des Air Treks et à être reconnu pour cela. Une quête qui semble pourtant bien dérisoire dans le grand schéma du monde mais qui, pour eux, est pleine de sens, voir leur but ultime.

Air Gear et les limites et conséquences de la quête de Liberté

Pour Kant, agir librement signifie agir selon des lois morales que l’on s’est imposées. Cette idée peut rejoindre l’univers d’Air Gear à travers les personnages qui, bien qu’aspirant à une liberté totale avec les Air Treks, sont quasiment toujours confrontés à des dilemmes moraux. Par exemple, la découverte des aspects dangereux et illégaux de certains pans de leur sport les oblige à penser à la moralité de leurs actions. On retrouve à maintes reprises les personnages grièvement blessés. Or cette tension entre le désir de liberté totale et la responsabilité morale nous montre bien la limite que la liberté doit avoir, la véritable liberté doit résider, selon Kant, dans l’autonomie de la morale et non dans l’anarchie. Cette autonomie est évidemment universelle même si on se la donne à soi-même. C’est pourquoi Kant, dans sa polémique avec Constant, soutiendra qu’il faut dire la vérité indépendamment du contexte et des conséquences. Car une société deviendrait caduque dès l’instant où la loi perdrait de sa force et de sa légitimité.

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La pensée de John Stuart Mill nous dit autre chose d’assez intéressant sur le sujet : à savoir que la liberté individuelle ne doit être limitée que pour prévenir d’un préjudice fait à autrui. Dans Air Gear, les conflits entre les équipes et les individus soulèvent fortement la question de la liberté de nos actions et de ses impacts sur les autres. Les rivalités et les compétitions dans l’anime démontrent assez brillamment comment cette quête de liberté individuelle peut entraîner des conflits sociaux plus ou moins grave et ainsi la nécessité de penser à un bien-être collectif.

Aussi, dans La Condition de l’homme moderne, Arendt explore comment les actions entreprises en toute liberté peuvent avoir des répercussions plutôt inattendues. Or encore une fois, dans Air Gear, les actions des personnages ont souvent des conséquences imprévues, qui affectent non seulement leur propre vie mais aussi celle de leur communauté. On peut voir comment une guerre se déclare dans ce manga du seul fait de désirer être le plus libre possible ! C’est en ce sens qu’on peut dire que la liberté doit être exercée avec la conscience des conséquences potentielles. Dès lors la liberté doit être un minimum bridé et n’est jamais totale, sauf si l’on se fiche des conséquences.

Air Gear – Réconciliation et équilibre entre Liberté individuelle et responsabilité collective

La pensée de Simone de Beauvoir amène une perspective pertinente pour espérer trouver un équilibre entre notre liberté et notre responsabilité. Effectivement, de Beauvoir soutient que la liberté doit être exercée avec une reconnaissance de nos responsabilités envers les autres. Les personnages de Air Gear, en progressant dans leur maîtrise des Air Treks, prennent progressivement conscience de l’impact de leurs actions sur leur entourage. Itsuki développe petit à petit une compréhension du poids de ses actes, il réalise alors une introspection afin de savoir si cela vaut le coup de continuer, ou s’il ne vaudrait pas mieux arrêter afin que son entourage n’en souffre plus. Cette prise de conscience est un exemple de la manière dont la liberté doit être accompagnée d’un sens de responsabilité, où les choix individuels sont faits en tenant compte de leur impact sur la communauté.

La responsabilité envers l’autre est une composante fondamentale de l’existence humaine. Dans Totalité et Infini, Emmanuel Levinas met l’accent sur l’importance de l’altérité. Il explique que nous avons des devoirs envers autrui dès le moment où nous apercevons son visage. Dans Air Gear, l’engagement des personnages dans le monde des Air Treks les amène à reconnaître et à respecter les autres, même leurs « ennemis ». C’est en cela qu’Itsuki trouve une certaine motivation pour continuer d’avancer, car il porte aussi le poids et la responsabilité de ceux qu’il a battu ! Notre liberté individuelle s’en retrouve à la fois enrichie mais aussi limitée de par nos relations interpersonnelles. En effet, plus on avance dans un sens, plus le biais de cohérence est important !

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Enfin, Jürgen Habermas, dans sa théorie de l’agir communicationnel, met en lumière l’importance du dialogue. Pour Habermas, la liberté est réalisée dans le cadre de processus « démocratiques » où les différentes voix sont entendues et considérées. Dans Air Gear, les décisions collectives prises au sein des groupes et des équipes reflètent à mon sens cette idée. Les personnages apprennent à naviguer dans leurs désirs individuels et les besoins du groupe. La liberté est en ce sens, un processus de négociation et de compromis au sein d’une communauté. Une fois encore, Itsuki porte le poids de sa liberté, mais aussi celles de ceux a qui il a pris, en quelque sorte, la liberté.

Conclusion

En conclusion, la liberté, bien qu’elle soit premièrement personnelle et unique, est obligatoirement et nécessairement reliée à nos relations avec autrui, mais aussi en rapport à nos structures sociales. Ainsi, Air Gear nous incite à réfléchir sur la manière dont nous poursuivons la liberté dans nos vies.

Exercice pratique :

Trouvez un dilemme auquel vous avez été confronté il y a peu. Ça peut être par exemple le fait de choisir entre travailler et regarder une série, tout comme le fait de choisir entre parler à un ami honnêtement au risque de le blesser, ou se taire.

Posez-vous ces questions et répondez avec sincérité :

  • Quelle a été la conséquence immédiate de ma décision ?
  • Quelle aurait été la conséquence probable de l’autre option ?
  • En quoi cette décision a-t-elle affecté ma liberté et celle des autres ?
  • Si c’était à refaire, prendrais-je la même décision ? Pourquoi ou pourquoi pas ?

Maintenant réfléchissez à vos réponses, qu’est-ce que ça vous apprend sur votre manière de faire des choix ? Avez-vous envie de modifier cela, ou en êtes-vous content ?

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